L’hôtellerie peut devenir coopérative : deux voies, deux logiques

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Oui, un hôtel peut fonctionner sous forme coopérative, mais le mot recouvre deux réalités qu’il faut séparer avant toute réflexion. La première est la coopérative de salariés (SCOP ou SCIC) : les salariés détiennent au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote. La seconde est le réseau coopératif d’hôteliers indépendants, comme The Originals Hotels (320 hôtels, 4e du marché français selon L’Express Franchise) ou BWH Hotels France (plus de 320 hôtels, selon l’enseigne elle-même). Dans le premier cas, la propriété et la gouvernance de l’hôtel changent. Dans le second, l’hôtelier reste exploitant indépendant et mutualise certaines fonctions avec ses pairs.

Les deux voies répondent à des problèmes différents. Savoir laquelle vous concerne dépend de ce que vous cherchez : partager le pouvoir dans l’établissement, ou gagner en poids commercial sans rien céder en interne.

La SCOP ou la SCIC : l’hôtel détenu par ses salariés

Dans une SCOP, la règle est chiffrée : au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote reviennent aux salariés (source : L’Hôtellerie-Restauration). Concrètement, la direction reste nécessaire, mais elle est désignée et contrôlée par des associés qui sont aussi ceux qui font tourner la réception, les étages et la salle. La SCIC suit la même logique de coopérative, avec un sociétariat ouvert à d’autres parties prenantes que les seuls salariés.

Ce que cela change dans la gouvernance d’un hôtel est direct : les décisions d’investissement (rénovation, montée en gamme), l’affectation des résultats et le choix du dirigeant ne relèvent plus d’un propriétaire unique. C’est un avantage si l’équipe est stable et impliquée, une contrainte si le projet suppose des arbitrages rapides ou un actionnaire capable d’injecter seul du capital.

Un point d’honnêteté : l’hôtellerie-restauration ne pèse que 5 % des quelque 4 400 SCOP et SCIC françaises, un chiffre rapporté par L’Hôtellerie-Restauration qui regroupe les deux métiers sans date de référence précisée. La recherche menée pour cet article n’a identifié aucun hôtel SCOP ou SCIC nommé, et aucun n’est cité ici. Le modèle existe dans le secteur, mais il reste minoritaire et peu documenté publiquement.

Le paysage coopératif plus large

Hors hôtellerie, le mouvement progresse. Selon la CG Scop et la MONA Nouvelle-Aquitaine, la France comptait 4 583 SCOP et SCIC en 2025, pour 94 745 emplois et 10,3 milliards € de chiffre d’affaires net. Entre 2020 et 2025, le mouvement a gagné 19 % (+674 coopératives). La pérennité à cinq ans atteint 79 % pour les coopératives contre 69 % pour l’ensemble des entreprises françaises (CG Scop et INSEE). Ces chiffres sont tous secteurs confondus : ils indiquent une tendance, pas une performance propre à l’hôtellerie.

La taille moyenne observée est de 21 salariés par SCOP. Pour un hôtel, la question pratique est celle de la base humaine : une SCOP suppose des salariés disposés à devenir associés, à investir et à partager la responsabilité. Un établissement à forte rotation de personnel saisonnier s’y prête moins bien qu’une équipe permanente et ancienne. Ceux qui explorent l’entrepreneuriat sous forme coopérative trouveront un éclairage voisin dans cet appel à projets européen sur l’entrepreneuriat coopératif.

La reprise, porte d’entrée vers la coopérative

En 2024, 24 % des nouvelles coopératives sont nées d’une reprise d’entreprise, saine ou en difficulté (rapport d’activité 2024 de la CG Scop, tous secteurs confondus). Pour un hôtelier proche de la retraite, c’est une piste de transmission : céder à ses salariés plutôt qu’à un tiers ou à un groupe. Pour un repreneur, c’est une façon de monter un projet avec l’équipe en place.

La situation de départ change la pertinence du montage. Reprendre un hôtel sain avec ses salariés n’a pas les mêmes exigences que reprendre un établissement en difficulté : dans le second cas, il faut que l’équipe accepte de s’engager sur un redressement, avec le risque financier que cela suppose. Dans un cas comme dans l’autre, la valorisation de l’hôtel et la capacité de financement des salariés sont les deux variables à vérifier en premier, avec un accompagnement spécialisé.

Le réseau coopératif : rester indépendant, mutualiser

Les réseaux d’enseigne fonctionnent autrement. The Originals Hotels revendique 320 hôtels sous modèle coopératif et la 4e place du marché hôtelier français (L’Express Franchise, date du classement non précisée). Son modèle permet aux hôteliers de mutualiser des ressources et d’acheter ensemble pour obtenir de meilleurs prix, sans que la source en chiffre les économies. L’enseigne affiche aussi +8,2 % de croissance en 2025, après environ +1 % en 2024, année perturbée par les Jeux olympiques (Beaboss.fr, périmètre de l’indicateur non précisé).

BWH Hotels France, la déclinaison française de Best Western, fédère plus de 320 hôtels indépendants sous fonctionnement coopératif, selon son propre espace presse. Les deux réseaux se valent comme preuve de taille : le modèle fonctionne dans l’hôtellerie, à l’échelle de centaines d’établissements. Ces chiffres viennent de la presse et des communiqués des enseignes : ce sont des déclarations, pas des mesures indépendantes.

L’enjeu pour le lecteur est de ne pas confondre les deux voies. Rejoindre un réseau coopératif ne transforme pas la gouvernance interne : l’hôtelier reste l’exploitant, ses salariés ne deviennent pas associés, et l’hôtel n’est pas détenu par ses équipes. Ce que l’on obtient, c’est de la mutualisation (achats, outils, visibilité), au prix d’un cahier des charges et de cotisations dont le détail se vérifie dans le contrat d’adhésion et auprès de membres actuels du réseau.

Comment choisir entre les deux voies

Trois critères orientent la décision.

  • Qui détient l’exploitation. Si vous exploitez déjà et voulez garder la main sur la stratégie, le réseau coopératif est le seul des deux modèles compatible. La SCOP déplace le pouvoir vers les salariés associés.
  • Le degré d’indépendance souhaité. Le réseau préserve l’indépendance d’exploitation tout en imposant des règles communes. La SCOP vous fait passer d’un propriétaire décisionnaire à un associé parmi d’autres, même si vous en restez dirigeant.
  • Le projet de transmission ou de reprise. La SCOP est une réponse à une question de transmission ou de reprise avec l’équipe en place. Le réseau répond à une question de compétitivité commerciale, pas de propriété.

Les deux voies ne s’excluent pas par principe, mais elles ne se règlent pas au même endroit : l’une relève du droit des sociétés et de la relation avec vos salariés, l’autre d’un contrat avec une enseigne. Pour la première, la bonne question à poser à un interlocuteur compétent (union régionale des SCOP, expert-comptable familier de l’ESS) est celle de la faisabilité financière du rachat par l’équipe. Pour la seconde, c’est celle du coût réel d’adhésion rapporté aux achats mutualisés et à l’apport commercial, que seuls les réseaux et leurs adhérents peuvent chiffrer. Le fonctionnement d’autres structures coopératives, comme la coopérative d’activité pour auto-entrepreneurs, aide aussi à comprendre la logique de mutualisation, même si le cadre y est différent.