La menuiserie est l’un des rares métiers du bâtiment où la demande dépasse structurellement l’offre : selon les données du secteur, 72 % des projets de recrutement dans la menuiserie et l’agencement sont jugés difficiles. Pourtant, le statut auto-entrepreneur reste sous-exploité dans cette filière, souvent par méconnaissance des règles réelles. Voici ce que vous devez savoir avant de vous lancer.
Comment devenir auto-entrepreneur menuisier?
La menuiserie est une activité artisanale réglementée. Votre premier interlocuteur obligatoire est la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA), qui centralise votre immatriculation au Répertoire des Métiers – une formalité gratuite pour les auto-entrepreneurs depuis la dématérialisation des démarches.
Votre activité sera enregistrée sous le code APE 43.32A – Travaux de menuiserie bois et PVC – si vous exercez en pose et installation. La fabrication de meubles relève du 31.01Z, l’ébénisterie du 31.09A. Ce code détermine votre classification et influence votre couverture assurantielle.
Si vous intervenez hors de votre commune de domiciliation, vous devez obtenir une carte d’artisan ambulant auprès de la CMA, au tarif d’environ 30 €, renouvelable tous les quatre ans. Un détail que beaucoup ignorent au démarrage. Le Stage de Préparation à l’Installation (SPI), autrefois obligatoire, a été supprimé depuis le 24 mai 2019 – vous gagnez donc du temps sur les formalités.
Faut-il un diplôme pour exercer en tant qu’auto-entrepreneur menuisier?
La menuiserie est une activité réglementée : vous ne pouvez pas simplement vous déclarer et facturer. Deux voies d’accès existent.
- Un diplôme reconnu dans le domaine (CAP menuisier, BP, BM, ou équivalent)
- Trois ans d’expérience professionnelle acquise en tant que salarié ou dirigeant d’entreprise, en France ou dans un pays de l’UE
Si vous optez pour la voie expérience, la CMA vous demandera des justificatifs concrets : fiches de paie, contrats de travail, ou attestations employeur. Une simple déclaration sur l’honneur ne suffit pas. Selon l’INSEE, 17,2 % des artisans du BTP exercent sans diplôme – ce qui est légal, à condition que l’expérience soit dûment attestée.
Exercer sans qualification valide expose à des sanctions sévères. Le Code du travail prévoit jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende pour travail dissimulé. Ce n’est pas un risque théorique : la DIRECCTE contrôle régulièrement les chantiers BTP.
Plafond de chiffre d’affaires et franchise TVA

En tant que menuisier poseur ou installateur, vous relevez de la catégorie des prestations de services BIC. Le plafond de chiffre d’affaires applicable est fixé à 83 600 € pour les années 2026, 2027 et 2028. C’est le seuil à ne pas dépasser pour conserver le régime micro-entrepreneur.
Les règles de dépassement méritent d’être bien comprises :
- Un dépassement sur une seule année : vous conservez le statut auto-entrepreneur pour l’année suivante
- Un dépassement deux années consécutives : vous sortez automatiquement du régime micro et basculez vers un régime réel
Sur la TVA, le seuil de franchise est fixé à 37 500 € de chiffre d’affaires de l’année précédente pour les prestations de services. En dessous, vous facturez hors taxe et mentionnez sur vos devis et factures la mention légale « TVA non applicable – article 293 B du CGI ». Au-dessus, vous collectez la TVA et devez en reverser une partie à l’État, ce qui modifie sensiblement votre trésorerie.
L’assurance décennale est-elle obligatoire pour un menuisier auto-entrepreneur?
Oui, sans exception pour l’essentiel des situations. La loi Spinetta du 4 janvier 1978 impose à tout constructeur de souscrire une assurance de responsabilité décennale avant l’ouverture de tout chantier. Cette obligation s’applique aux auto-entrepreneurs exactement comme aux artisans classiques.
Pour un menuisier auto-entrepreneur avec un chiffre d’affaires autour de 70 000 €, la prime annuelle tourne autour de 888 €/an. La fourchette réelle s’étale de 800 à 1 500 € selon votre spécialité, votre zone géographique et votre antécédent sinistres. C’est une charge fixe à intégrer dès le business plan.
Une exception existe : si vous travaillez exclusivement en sous-traitance pour une entreprise qui porte elle-même l’assurance décennale du chantier, vous n’êtes pas tenu de souscrire votre propre contrat. Mais dès que vous facturez directement un client final – particulier ou professionnel – l’obligation s’applique. L’absence d’assurance expose à 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
Combien gagne un menuisier poseur en auto-entrepreneur?
Le tarif horaire d’un menuisier poseur en auto-entrepreneur se situe entre 40 € et 70 € HT, selon la complexité des travaux, la région et votre positionnement commercial. Un menuisier spécialisé en menuiseries aluminium haut de gamme ou en rénovation de bâtiments anciens peut dépasser cette fourchette.
Mais le chiffre d’affaires brut et le revenu net sont deux réalités très différentes. Avec un CA de 60 000 €, après application du taux de cotisations sociales d’environ 21,2 % en BIC, vous versez environ 12 700 € de charges. Il reste donc un revenu imposable d’environ 47 300 € avant impôt sur le revenu, sans déduction possible des charges réelles (matériaux, outillage, véhicule).
C’est précisément là que le modèle économique mérite d’être calculé au préalable, et non pas après les six premiers mois d’activité.
BIC ou BNC : quel régime fiscal pour un menuisier auto-entrepreneur?

La confusion entre BIC et BNC revient régulièrement. Pour un menuisier, la réponse est quasiment systématique : vous relevez des BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux), qu’il s’agisse de pose, d’installation ou de fabrication. Les BNC (Bénéfices Non Commerciaux) concernent les professions libérales réglementées – médecins, avocats, experts-comptables – pas les artisans du bâtiment.
Ce classement a des conséquences directes sur trois paramètres :
- Plafond de CA : 83 600 € pour les services BIC, contre 188 700 € pour les activités d’achat-revente
- Taux de cotisations sociales : 21,2 % pour les BIC prestations de services artisanales
- Seuil de franchise TVA : 37 500 € pour les prestations de services
Si votre activité mêle pose et vente de matériaux, la part dominante détermine votre classification. En cas de doute, la CMA ou un comptable spécialisé peut vous orienter avant l’immatriculation – pas après.
Les limites concrètes du statut auto-entrepreneur pour un menuisier
Le plafond à 83 600 € bloque la croissance dès que vous montez en charge. Si vous atteignez ce seuil deux années de suite, la sortie du régime micro est automatique. Pour un menuisier qui investit dans du matériel et embauche, cette limite arrive vite.
Le second frein est structurel : aucune déduction de charges réelles n’est possible en régime micro. Votre tronçonneuse à 1 200 €, votre camionnette, vos consommables – rien ne vient réduire votre assiette fiscale. L’abattement forfaitaire de 50 % appliqué sur le CA en BIC services n’est pas suffisant dès que vos charges réelles dépassent ce ratio.
Financer du matériel coûteux reste compliqué sans bilan comptable. Les banques accordent plus facilement un crédit professionnel à une EURL ou une SASU, qui disposent d’une comptabilité formelle et d’une séparation claire du patrimoine. C’est souvent ce qui pousse les menuisiers à changer de structure après deux ou trois ans d’activité soutenue.
Le passage en EURL ou SASU permet de déduire les charges réelles, de salarier un apprenti, et de construire une structure bancable. Avant d’en arriver là, vérifiez que vos mentions légales sur vos supports commerciaux sont bien conformes – un détail qui coûte peu à corriger tôt, et beaucoup en cas de litige client. Si vous évoluez géographiquement, gardez à l’esprit que tout changement d’adresse professionnelle implique une mise à jour auprès de la CMA et de l’URSSAF.
Le statut auto-entrepreneur est un point de départ solide pour tester son marché et construire une clientèle – pas une structure pour absorber 150 000 € de CA annuel avec un salarié. Quand le chiffre d’affaires dépasse le plafond deux fois de suite, ce n’est pas un problème : c’est un signal que l’activité a prouvé sa viabilité et mérite une structure à la hauteur.