La profession comptable française change rarement de cap en douceur. Quand Charles-René Tandé accède à la tête du Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables le 14 mars 2017, c’est dans un contexte de transformation accélérée – numérique, réglementaire, concurrentielle. Quatre ans plus tard, il aura laissé une empreinte durable sur une institution fondée en 1942.
Parcours et profil de Charles-René Tandé avant son élection
Charles-René Tandé est expert-comptable de formation, solidement ancré dans la pratique libérale avant d’embrasser les responsabilités ordinales. Son parcours au sein des instances professionnelles lui confère une connaissance fine des rouages du CSOEC et des attentes des cabinets, qu’il s’agisse des structures pluridisciplinaires ou des professionnels exerçant en solo.
Avant de briguer la présidence nationale, il s’est forgé sa légitimité dans les instances régionales, terrain habituel des futures têtes de l’Ordre. Cette trajectoire – du conseil régional vers le sommet national – est la voie classique pour qui veut peser sur les orientations de la profession. Tandé n’a pas fait exception à cette règle, mais il a su se distinguer par un positionnement clair sur les enjeux numériques, alors que la dématérialisation des flux comptables commençait à recomposer le marché.
Son profil tranche avec celui d’un apparatchik ordinal classique : il porte un discours orienté transformation des métiers, ce qui lui vaudra d’être perçu comme un président de transition vers la profession de demain.
Comment s’est déroulée l’élection du 14 mars 2017?
Le 14 mars 2017, les élus du Conseil supérieur se réunissent pour désigner leur nouveau président. Ce sont les membres élus de l’instance – représentants des conseils régionaux – qui votent, et non la totalité des experts-comptables inscrits à l’Ordre. Le scrutin est donc un vote de pairs, avec toute la logique de coalitions et d’équilibres territoriaux que cela implique.
Charles-René Tandé succède à Philippe Arraou, élu en 2015, dont le mandat aura été marqué par les premières grandes discussions autour de la facturation électronique et du positionnement de la profession face aux Legaltech. La passation se fait dans un cadre institutionnel stable, sans rupture fracassante.
Le CSOEC est l’organe faîtier de l’Ordre des Experts-Comptables en France, qui regroupe plus de 20 000 professionnels inscrits. Présider cette structure, c’est gérer à la fois un rôle de représentation auprès des pouvoirs publics et une mission de structuration de l’offre professionnelle. Deux casquettes qui exigent des registres très différents.
Les grandes orientations défendues pendant ses deux mandats
Entre 2017 et 2020, Charles-René Tandé place la transformation numérique au centre de son agenda. La profession comptable vit alors une période de tension entre deux récits : celui des cabinets qui craignent la désintermédiation par les logiciels de comptabilité en ligne, et celui qui voit dans ces outils une opportunité de monter en gamme vers le conseil.
Sous sa présidence, le CSOEC accélère plusieurs chantiers concrets. La plateforme « Mon Expert-Comptable en ligne » et les travaux sur la dématérialisation des échanges avec l’administration fiscale s’inscrivent dans cette logique. L’Ordre défend aussi une extension des missions légales de l’expert-comptable vers de nouveaux périmètres – accompagnement à la création d’entreprise, attestations sociales – pour élargir le spectre d’intervention de la profession.
Sur le plan réglementaire, les experts-comptables qui exercent comme assistants administratifs et comptables en auto-entrepreneur voient cette période clarifier progressivement leurs obligations déontologiques. Tandé pousse également la profession à mieux communiquer sur sa valeur ajoutée auprès des dirigeants de TPE-PME, sa cible naturelle.
Pourquoi Charles-René Tandé a-t-il été réélu en 2019?
Le 6 mars 2019, les élus du Conseil supérieur reconduisent Charles-René Tandé dans ses fonctions. La réélection valide le cap fixé lors du premier mandat et témoigne d’une adhésion aux orientations prises sur le numérique et la diversification des missions.
À mi-parcours, le bilan tangible compte : visibilité accrue de la profession dans le débat public, avancées sur la dématérialisation, et un positionnement offensif face aux acteurs Legaltech. La profession, souvent conservatrice dans ses choix de gouvernance, lui accorde un second souffle pour aller au bout des transformations engagées.
La réélection intervient aussi dans un contexte où la modification de l’activité d’une entreprise devient plus fréquente dans le tissu économique français, ce qui génère mécaniquement davantage de travail d’accompagnement pour les cabinets comptables. Le président sortant bénéficie d’un vent favorable.
Lionel Canesi prend la relève en décembre 2020
Le 15 décembre 2020, Lionel Canesi est élu à la présidence du CSOEC, succédant à Charles-René Tandé après quatre ans de mandature. La passation intervient dans un contexte sanitaire inédit : la crise Covid-19 a placé les experts-comptables au premier plan, notamment dans la gestion des aides d’État et des prêts garantis pour les entreprises.
Canesi hérite d’une profession qui a démontré sa capacité à pivoter rapidement – traitement massif des dossiers d’activité partielle, conseil de crise aux dirigeants – en partie grâce aux outils numériques dont Tandé avait accéléré le déploiement. C’est une forme de continuité dans la rupture.
Pour les professionnels qui suivent de près les questions de gestion de dettes sociales, cette période 2017-2020 aura aussi été celle d’une plus grande interaction entre l’Ordre et les pouvoirs publics sur les dispositifs d’accompagnement des indépendants. Quatre ans qui ont redéfini le périmètre d’action de la profession, bien au-delà de la simple tenue de comptes.