La retraite progressive a longtemps été réservée aux salariés à temps partiel. Depuis septembre 2025, le dispositif s’ouvre aux indépendants – y compris aux micro-entrepreneurs, mais avec des conditions qui méritent d’être lues attentivement avant de prendre une décision. Car la compatibilité entre retraite progressive et statut auto-entrepreneur est loin d’être automatique.
Retraite progressive : qui peut en bénéficier depuis septembre 2025?
Les décrets n° 2025-680 et 2025-681 du 15 juillet 2025 ont étendu la retraite progressive à l’ensemble des travailleurs indépendants à compter du 1er septembre 2025. Avant cette date, le dispositif était essentiellement accessible aux salariés à temps partiel. Ce changement représente une ouverture significative pour les artisans, commerçants et professions libérales.
Les conditions d’accès sont précises. Vous devez avoir au moins 60 ans et justifier de 150 trimestres validés, tous régimes confondus, soit 37,5 années de cotisation. Pour les indépendants, la réduction d’activité doit être comprise entre 20 % et 60 % du revenu professionnel habituel – pas question de continuer à facturer au même rythme tout en touchant une fraction de retraite.
Pour les salariés, la fenêtre de bénéfice passe de 2 à 4 ans : ils peuvent désormais entrer dans le dispositif dès 60 ans et y rester jusqu’à 64 ans, âge légal de départ à la retraite. C’est un assouplissement notable qui allonge la période de transition possible.
Auto-entrepreneur et retraite progressive : une compatibilité à géométrie variable
L’extension de septembre 2025 s’applique aux micro-entrepreneurs, mais avec des exclusions résiduelles importantes. Les personnes bénéficiant d’un appui à la création ou à la reprise d’entreprise restent exclues du dispositif. Si vous avez bénéficié d’une aide type ARCE ou d’un accompagnement NACRE récent, ce dispositif ne vous est pas accessible au titre de cette activité.
Les bénéficiaires d’une préretraite sont également exclus. La logique est cohérente : la retraite progressive vise à aménager une fin de carrière active, pas à s’additionner à des dispositifs de cessation anticipée d’activité déjà en cours.
Pour les micro-entrepreneurs qui n’entrent pas dans ces cas d’exclusion, l’accès au dispositif est conditionné à une réduction effective du revenu professionnel. Cela suppose de pouvoir justifier, chiffres déclaratifs à l’appui, que votre activité a bien diminué dans la fourchette requise. L’administration ne prend pas cette vérification à la légère.
Peut-on cumuler retraite progressive et activité salariée à temps partiel avec un statut auto-entrepreneur en parallèle?
La réponse est non, et la CARSAT l’indique clairement. Si votre retraite progressive est adossée à une activité salariée à temps partiel, vous ne pouvez pas exercer simultanément une activité indépendante sous statut micro-entrepreneur. Les deux sont incompatibles pendant toute la durée de la retraite progressive.
La logique du dispositif repose sur l’idée d’une activité principale réduite. Adosser une retraite progressive à un emploi salarié à temps partiel, puis facturer des prestations en parallèle sous une micro-entreprise, revient à contourner la condition de réduction d’activité. La CARSAT peut requalifier la situation et suspendre le versement de la fraction de retraite.
Le retour au statut auto-entrepreneur n’est possible qu’après la liquidation de la retraite à taux plein. Autrement dit, tant que vous êtes en retraite progressive, la micro-entreprise doit rester fermée ou suspendue. C’est un point que beaucoup sous-estiment au moment de planifier leur transition. Si vous êtes aussi concerné par d’autres dispositifs d’aide à l’activité, les règles sur le cumul entre allocations de remplacement et statut indépendant suivent une logique comparable.
Plafonds de revenus selon votre régime de retraite

Une fois la retraite liquidée à taux plein, vous pouvez reprendre une activité en micro-entreprise et cumuler revenus et pension. Mais des plafonds s’appliquent selon votre régime d’origine, et ils varient significativement.
| Régime | Plafond annuel cumul pension + revenus | Année de référence |
|---|---|---|
| CNAV (régime général) | 23 550 € | 2025 |
| SSI (ancienne RSI) | 24 030 € | 2026 |
| CIPAV (professions libérales) | 48 060 € | 2026 |
| Retraite à taux plein, toutes pensions liquidées | Aucun plafond | – |
Le plafond SSI correspond à la moitié du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale. Pour un retraité du régime général qui reprend une activité de prestation de services, 23 550 € annuels, c’est environ 1 960 € par mois de chiffre d’affaires – un niveau modeste pour qui souhaite maintenir une activité régulière. Le dépassement de ce plafond entraîne une suspension partielle ou totale de la pension.
Les professions libérales affiliées à la CIPAV bénéficient d’un plafond deux fois plus élevé, ce qui leur offre une marge de manoeuvre nettement plus confortable. La liquidation totale de toutes les pensions reste la seule option pour travailler sans contrainte de revenus.
Hausse des cotisations auto-entrepreneur retraité : ce que ça coûte vraiment
C’est l’évolution la plus concrète de ces dernières années pour les retraités auto-entrepreneurs. Le taux global de cotisations sociales a progressé régulièrement : 21,1 % en 2023, 23,1 % au 1er juillet 2024, 24,6 % en 2025, 26,1 % au 1er janvier 2026.
Sur un chiffre d’affaires de 20 000 € annuels, la différence entre le taux 2023 et celui de 2026 représente environ 1 000 € de cotisations supplémentaires. Ce n’est pas neutre pour quelqu’un qui cherche à compléter une pension modeste avec une activité légère. En 2026, selon l’activité exercée, le prélèvement effectif varie de 12,3 % à 25,6 % de chaque euro déclaré – une fourchette large qui dépend notamment du secteur (commerce, services, libéral).
La contrepartie existe depuis janvier 2025 : les artisans, commerçants et professions libérales non réglementées affiliées au régime général acquièrent désormais de nouveaux droits à la retraite complémentaire. Ces droits sont plafonnés à 2 355 € bruts annuels de revenus pris en compte, mais leur existence change la nature du prélèvement – qui cesse d’être purement subi pour devenir partiellement contributif. Pour mieux anticiper l’impact de ces cotisations sur votre résultat net, les mécanismes permettant de réduire la charge URSSAF en micro-entreprise méritent d’être examinés.
Quels sont les inconvénients et les pièges de la retraite progressive?
Le principal piège opérationnel reste l’obligation d’abandonner le statut auto-entrepreneur pendant toute la durée de la retraite progressive. Beaucoup de candidats au dispositif l’anticipent mal. Fermer une micro-entreprise, c’est perdre les contrats en cours, parfois un réseau construit sur des années, et devoir tout reconstruire à la liquidation à taux plein.
La complexité administrative est réelle quand plusieurs régimes coexistent. Un indépendant qui a cotisé au SSI, à la CIPAV et au régime général sur différentes périodes de carrière doit gérer des interlocuteurs multiples, des plafonds distincts et des calculs qui ne se recoupent pas toujours facilement. Une erreur d’appréciation sur les plafonds peut déclencher un rappel de cotisations ou une suspension de pension a posteriori.
La mauvaise anticipation des plafonds de revenus est la cause la plus fréquente de régularisation désagréable. Dépasser de quelques centaines d’euros le seuil applicable à son régime, sans s’en apercevoir en cours d’année, suffit à faire basculer la situation. Un suivi mensuel du cumul pension + chiffre d’affaires est la seule façon d’éviter la surprise en fin d’exercice.
Cumul retraite anticipée et auto-entrepreneur : les règles spécifiques
La retraite anticipée pour carrière longue ou inaptitude obéit à des règles différentes de la retraite progressive. Elle correspond à une liquidation définitive de la pension, généralement avant 62 ans. À ce titre, les règles du cumul emploi-retraite s’appliquent immédiatement, sans passer par la phase de retraite progressive.
Si vous partez en retraite anticipée pour carrière longue et souhaitez exercer une activité en micro-entreprise, vous pouvez le faire dès la liquidation – sous réserve des plafonds de revenus applicables à votre régime. L’obligation d’abandon du statut auto-entrepreneur pendant la retraite progressive ne s’applique pas ici, puisque la liquidation est totale et immédiate.
En cas d’inaptitude au travail reconnue, les règles sont identiques sur le plan du cumul, mais la situation médicale peut interférer avec la capacité à exercer réellement une activité indépendante. Ce point dépasse le cadre réglementaire et relève d’une appréciation individuelle, éventuellement encadrée par la médecine du travail ou le médecin conseil.
Ce que prévoient les règles pour 2026 et 2027

Au 1er janvier 2026, le taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs retraités atteint 26,1 %. Cette hausse était programmée et s’inscrit dans la trajectoire de rapprochement progressif avec les taux de droit commun des travailleurs indépendants. L’acquisition de droits à la retraite complémentaire, plafonnée à 2 355 € bruts annuels, entre en vigueur à la même date.
Pour 2027, les tendances réglementaires connues pointent vers une stabilisation des taux de cotisations, sans nouvelle hausse annoncée à ce stade. La trajectoire de convergence semble arriver à son terme. Les plafonds de cumul, indexés sur le PASS, évolueront mécaniquement avec la revalorisation annuelle de ce dernier.
La question ouverte pour 2027 concerne l’élargissement potentiel des droits à la retraite complémentaire acquis via l’activité micro-entrepreneuriale. Les discussions en cours entre les partenaires sociaux et les régimes de retraite complémentaire pourraient relever le plafond de 2 355 € ou étendre le dispositif à d’autres catégories d’indépendants. Rien n’est acté, mais le mouvement de fond est là.
Quelle stratégie adopter pour optimiser votre transition vers la retraite en tant qu’auto-entrepreneur?
La première étape est chiffrée, pas conceptuelle. Avant de choisir entre retraite progressive et retraite à taux plein différée, simulez les deux scénarios avec votre CARSAT ou via le simulateur officiel M@rel. Comparez le montant mensuel obtenu dans chaque cas, en intégrant les plafonds de cumul et les cotisations prévisibles sur votre chiffre d’affaires cible.
- Vérifiez votre régime d’affiliation principal et le plafond de cumul correspondant (CNAV, SSI ou CIPAV)
- Estimez votre chiffre d’affaires annuel prévisionnel en micro-entreprise et calculez le taux de cotisations applicable en 2025 ou 2026
- Comparez le net disponible en retraite progressive versus retraite à taux plein avec reprise d’activité libre
- Anticipez l’impact de la fermeture temporaire de votre micro-entreprise sur vos contrats et votre clientèle
- Consultez un conseiller retraite ou un expert-comptable spécialisé avant toute décision définitive
La retraite progressive est rarement le meilleur choix pour un auto-entrepreneur très actif. Elle convient davantage à ceux dont l’activité indépendante est secondaire, ou à ceux qui souhaitent aménager une sortie progressive d’un emploi salarié principal. Pour les micro-entrepreneurs qui constituent l’essentiel de leur revenu via leur auto-entreprise, la liquidation à taux plein suivie d’un cumul emploi-retraite encadré offre souvent plus de souplesse réelle. Les situations combinant plusieurs statuts – comme le cumul entre activité indépendante et pension d’invalidité – montrent que chaque configuration mérite une lecture attentive des règles propres au régime concerné.
Chaque année passée à bien calibrer cette transition vaut davantage qu’une décision prise dans la précipitation à 59 ans.